Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /Août /2006 08:57
20% de méfiance, mon cher Alain, c'est tout de même une haute dose. Et toi, cher Sean, tu trouverais normal que je consulte un psy unilatéralement ! Même Jérôme ne m'a pas fait cet affront, quand nous nous sommes interrogés sur notre stérilité : il a fait examiner son sperme sans réticence. Mais je vous suis très reconnaissante de votre sincérité, et je vais apporter de l'eau à votre moulin : j'ai connu cinq familles d'accueil entre 4 et 18 ans, et dans les foyers, j'étais considérée comme un cas difficile. Cela fait boule de neige : plus un sujet a de conflits, moins on examine chacun d'eux, on se contente de gémir : "Oh ! Encore elle !" Je n'ai cessé d'être battue que pour être pelotée et violée : ou j'ai joué de malchance, ou c'est la règle générale, et les autres s'en accommodent, ou, effectivement, j'ai un grain. Ce que je peux vous dire, c'est que des psy, j'en ai vu à l'époque, ils m'ont de plus en plus systématiquement donné tort à mesure que mon dossier s'épaississait, On semble faire beaucoup de cas en ce moment de la "parole de l'enfant", mais moi je reste sceptique, je crois qu'une pincée de cas médiatisés font illusion, et que la règle demeure le silence des abysses, ou, quand l'enfant parle : "Tais-toi, voyons ! Tu l'as rêvé." Je crois qu'à moins d'être un pou, une fille a bien de la chance si son enfance n'a pas croisé la route d'un salaud. Je peux vous affirmer en tout cas que TOUTES mes compagnes de trottoir avaient été violées au moins une fois, et "séduites" (ah ah ah) avant l'anniversaire de leurs quinze ans, le plus souvent par un oncle, un frère, un parâtre… ou un vrai père. JAMAIS je ne consulterai spontanément un psy, et à ce sujet au moins je suis d'accord avec Jérôme, dont le passé n'est pas plus clair que le présent, mais qui possède une connaissance interne de l'hôpital psychiatrique, où il ne faisait probablement pas des stages d'infirmier, et les considère tous comme des imposteurs. La psychiatrie ne guérit personne, elle se contente d'habiller les conduites de discours ronflants, et d'abrutir ses patients avec des drogues.
"Fou", "folle", moi je les aime bien, ces mots, je les trouve moins vilains, et plus respectueux, que "psychotique". Quand je m'interroge sur moi-même (car cela m'arrive), le problème se situe à deux niveaux : celui des faits, et celui de l'interprétation. Si je n'observe pas correctement les réalités, si je ne peux même pas me fier à ma perception, alors tout est perdu, c'est "Matrix", je vis dans un univers d'illusion, et il faut m'enfermer. Mais ce n'est pas de cela que je suis suspecte; si je compte treize sacs Mammouth, ou évoque mon entorse, vous ne me contestez pas les faits, mais l'interprétation : c'est à la psychose paranoïaque que vous pensez, la reine des folies, l'inguérissable suprême ! Je vous l'avoue, sa spécificité m'échappe : tous, face aux énigmes posées par le monde, nous nous employons à les résoudre avec nos pauvres moyens, je ne vois pas comment on pourrait se situer dans une position assez dominante pour trancher qu'un jugement est faux. D'autre part, je n'ai pas l'impression d'être fermée au dialogue avec des interprétations divergentes. Je conçois très bien qu'une gourde qui se casse la figure du haut d'un escalier, et à qui son petit mari attentionné prépare un curry de fête pour la consoler, paraît fort ingrate quand elle prête des pulsions homicides à ce saint de vitrail, un peu violent certes dans ses ébats, mais le moyen de ne pas s'énerver quand on a sur les bras une "anorgasmique" même pas foutue de faire semblant de jouir ? Je conçois très bien qu'une petite culotte, nullement sanglante, une photo floue, une armoire fermée, des fichiers protégés, ce n'est rien en soi : si c'était quelque chose, j'aurais appelé les flics. Mais écoutez un peu, et dites-moi si c'est "normal" :
– de mettre en douce une dose (ou deux !) de L.S.D. dans mon café, au petit déjeuner. Si je n'avais pas essayé autrefois, et connu Jérôme, ce jour-là je me serais vraiment crue folle ! Il ne m'aurait pas avoué cette "espièglerie", d'ailleurs, si je n'avais exigé un médecin.
– de mettre de la vieille huile à frites dans la bouteille de jus de pomme (je ne vous dis pas la gorgée, la nuit ! Commentaire du Monsieur : "Et si ç'avait été de l'acide sulfurique ?") ou du sucre dans la salière, et de se plaindre trois jours durant que la bouffe est fade.
– de prendre des photos de cadavres d'animaux, chiens, chats, mouettes, rats, hérissons, sur le bord des routes, d'en faire faire des posters, et de les punaiser dans la chambre à coucher. Il en a trois albums; il est vrai qu'il a aussi trois albums de moi plus ou moins nue, et sans doute d'autres sous la clef.
– de déplacer constamment les signets dans mes livres, "pour voir si je lis vraiment" !!!
– de manquer d'incendier la cuisine en oubliant sur le feu une mixture infâme, soi-disant pour fabriquer du gaz hilarant.
– d'éventrer une cabine téléphonique, pour expérimenter une poudre de son invention (il ne me l'a pas RACONTÉ, je l'ai VU).
– de me laisser attachée toute une matinée aux montants du lit, après un cinéma d'égorgement très convaincant. "Allez, je reviens samedi !" C'était lundi, je l'en croyais capable, et j'ai vécu "Carrie" d'avance. Les thrillers, Alain, ne sont pas palpitants du tout dans la vie. Depuis, je refuse absolument d'être attachée.
– de feindre tout un week-end une amnésie totale. Cela, tout récent, Vous l'auriez cru. Pas moi. Mais j'ai fait comme si.
Je mélange exprès le bénin et le pire; et ne croyez pas que ces facéties soient exceptionnelles : c'est tout le temps, ou plutôt récurrent, et j'ai observé que les périodes difficiles sont sauf exception celles de pleine lune, surtout l'été : l'hiver, il est plus calme… en général.
Même les coups suivent vaguement les phases de la lune, ceux de la colère s'entend, car ceux du plaisir ne connaissent aucune loi : il est quasi-convenu entre nous qu'un ferlamour est une simulation de viol. Et je suis pas mal marquée, vous savez ! Les bleus s'effacent, mais il y a des cicatrices qui restent, et je ne me les suis pas faites toute seule.
Le pire, c'est l'angoisse de l'escalade. Le plus barge est le plus récent : le L.S.D. date de juin : quel cocktail ne pourrait-il me préparer, avec ses échantillons de médicaments ? Et les menaces croissent en fréquence et en intensité. D'ailleurs, ma décision est prise, cette fois : dès que je suis sur pieds, je pars. Plutôt le trimard que cette agonie.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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