Mardi 8 août 2006 2 08 /08 /Août /2006 09:02
Quelle journée! J'ai commencé par me faire tancer gentiment, mais copieusement par le Dr M., pour n'avoir pas osé l'appeler dimanche : à l'entendre, en cas de luxation, j'aurais pu en rester estropiée. Il m'a prise dans sa voiture pour aller faire les radios, et en fin de compte il a perdu deux heures avec moi pour le prix d'une visite ! Je ne savais plus où me fourrer. Le comble, c'est qu'il m'a demandé si j'avais besoin de quelque chose, de pain ou quoi, je n'allais tout de même pas lui demander de faire mes courses, en plus ! Je me méfie tellement… et sans doute trop. C'est un vieux bonhomme un peu bourru, mais aux mains très légères, qui me traite comme une mouflette, et qui, des trois fois où je l'ai consulté, ne m'a pas demandé une seule de me déshabiller. N'empêche que j'en ai vu d'autres, de ces vieux à qui l'on aurait donné le bon Dieu sans confession, et que je sais ce qu'ils avaient dans le crâne, tous ! Oui, seulement à force de le savoir d'avance, ma petite, tu l'installes là où il n'y a rien, peut-être, que la compassion, tu t'enlèves jusqu'à la faculté de réviser ta règle, comme ces gens qui écoutent tout le monde "de haut", et n'entendent jamais que ce qu'ils savent déjà. On verra ce soir, puisqu'il doit repasser : je lui parlerai de ma douleur au sein, qui subsiste quand les autres s'estompent, il n'est pas bien difficile de distinguer une palpation médicale d'une "plus si affinités".
En attendant me voilà non pas plâtrée, mais "strappée" : le genou n'a rien, et l'entorse de la cheville est bénigne. C'est quand même quinze jours de quasi-immobilité minimum, et le conseil d'éviter l'escalier : je me suis donc fait un lit sur le divan du salon, et hier midi j'ai dégusté des nouilles à la confiture. Je ne vous donne pas la recette, sauf si vous faites une cure d'amaigrissement, car à moins de mourir de faim on n'a pas envie de se resservir !
Mais le lundi n'est pas achevé, et à cette matinée trépidante a succédé une après-midi… de fête. À peine avais-je allumé le P.C. pour vous donner de mes nouvelles (je veux dire à ceux qui restent, car d'après les statistiques c'est la débandade) que j'entends une voiture ! J'éteins tout, et bien m'en prend, car c'est Jérôme. "Salut !" Aucune explication, naturellement, de l'absence, ni du retour, mais il est souriant, enfin, disons… rictussant. "Qu'est-ce qui se passe ?" Les béquilles : on ne voit qu'elles. J'explique, en taisant les soupçons, attendant l'éclat de rire homérique : et, non ! Il m'enlace, tout attendri : "Pauv' poupette! Alors t'as même pas besoin de sortir pour t'accidenter ? À ma place tu serais morte depuis longtemps." Pour lui, c'est un propos tendre. Et comme il est déjà quatre heures, je lui signale qu'il n'y a plus rien à croquer. "Juste un caoua, et j'y vais !" Pas la peine de faire une liste, il n'en tiendrait nul compte. Il liche son espresso en réclamant détail sur détail – mais sans la moindre allusion, remarquez bien, à SON coup de fil ! Comme il a l'air débordant de bonne humeur, je finis par poser la question moi-même : "Ah, pas moi, en tout cas! Il faut appeler le 31 31." Que le l'aie déjà fait, il s'en gausse : même cela, pas foutue de ! Mais il obtient le même message : "Bizarre. C'est une cabine, ou l'étranger, ou un portable… pas le mien, puisqu'il est au répertoire." Ah bon. En aurait-il un autre ?
Une heure et demie plus tard, le voilà revenu, avec treize sacs pleins, je dis bien treize. Il y a de tout, beaucoup de surgelé, des plats cuisinés absurdes, genre caillettes de l'Ardèche, huit bouteilles de vin, et pas du qui tache, deux de Gewürtztraminer, mon préféré, une tonne de fruits, dont pas mal d'exotiques, et même de ces petites bananes longues comme le doigt, qui ont un goût de pomme, et dont je raffole…
Mais ce n'est pas fini. Il est cinq heures et demie, et Monsieur se met en cuisine : "Tu touches à rien !" Je sais ce qui m'attend, c'est son curry, son curry éponyme, le dernier remonte à un an – arrache-gueule, mais délicieux, d'ailleurs, agrémenté de fruits frais (ananas, mangue, banane) et de poudre de noix de coco… Cette fois, la recette mériterait d'être précisée; mais je ne la connais pas. "Repose-toi ! Mets un disque !" Bon. Le requiem de Mozart, pourquoi pas? C'est de circonstance.
L'avantage, c'est de pouvoir pleurer dans l'assiette, en mettant les larmes sur le dos du hot. Car comprenez-moi : je sais que les plats ne sont pas empoisonnés, qu'il n'a pas substitué le la coke au coco, encore qu'il m'en ait fait voir de belles en ce genre. Mais à présent je suis SÛRE, ou presque, qu'il a fait cette folie la nuit d'avant, et qu'il va recommencer. Je vous l'ai dit, tout ce qu'il m'offre en temps ordinaire, c'est des fringues, pour lui, pour regarder, me les enlever, ou mettre en valeur son escort wife, et lui-même par rebond. De gentillesse vraie, je ne lui en ai connu que lorsqu'il avait le sentiment d'être allé trop loin : après des raclées, notamment. Il a eu cette idée perverse, elle lui a trotté quelque temps dans la tête, sans doute; et puis, avant-hier, il n'a pu se tenir de la réaliser. Ce n'est qu'une étape, je le ressens au profond de la viande. Je le sais bien, vous pensez que je déraille : une lettre me l'a fait comprendre ce matin. Mais non, désolée : IL déraille.
Ou je suis folle, complètement, ou IL EST FOU. – Ou les deux, ah ah ah!
Il me fait boire. La première bouteille, une seconde… Ça l'énerve, que je ne vide pas mon verre assez vite. Mais attends, mon bonhomme, j'ai eu neuf ans pour t'étudier. Tu rouleras sous la table le premier, et si l'un de nous doit parler, ce ne sera pas moi. Je sais que tu sais que je sais. Mais je ne suis pas certaine que tu saches que je sais que tu sais que je sais.
Puis, brindezingues aux trois quarts, on regarde un vieux film ("Brazil") ensemble, serrés l'un contre l'autre. "Un peu de nécrophilie ?" J'en ai la chair de poule.
Et il me souhaite bonne nuit sur mon divan, sans faire valoir son droit de cuissage. Encore un "miracle d'amour" ! A peine est-il monté que je me relève pour vomir, prendre un couteau à la cuisine, et le glisser sous mon oreiller. Je m'endors quand même, et au matin tout va bien : je suis de nouveau seule, avec ma gueule de bois.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Commentaires

Je suis là moi !


Et ce n'est pas parce que je ne te poste pas de commentaire que je ne te lis pas... Seulement, parfois je suis simplement sans mots, voilà tout. Et c'est le mois d'août tu sais, le désert un peu partout, notamment dans les lecteurs.


Je voulais te dire qu'avec le 3131, si on te dit qu'aucun appel n'est mémorisé, ce n'est pas que tu es folle, c'est tout simplement que la personne ayant appelé a un numéro caché. C'est vrai aussi pour les standards dans les entreprises, ou tout simplement les portables qu'on met en anonymes...


Du courage et la force de partir, c'est tout ce que je te souhaite.

Commentaire n°1 posté par Zabatchka le 08/08/2006 à 11h01
Commente qui veut, je n'ai pas à me plaindre, moi qui n'ai pas le temps d'aller chez les autres, si intéressants qu'ils soient. Non, c'est la fréquentation qui était en chute libre. Et quand on tombe sur un "server too busy", on ne peut attribuer cette désaffection aux vacances ! Pour le 31 31, oui, c'est ce que Jérôme m'a dit. Je trouve idiot qu'un "numéro masqué" masque aussi ceux qui précèdent, et qu'on annonce : "aucun appel". Pour la force de partir, je crois qu'elle est venue tout d'un coup : je n'attendrai pas la lune de septembre. Advienne que pourra ! Merci de m'avoir soutenue. J'ai pris note de ton adresse, et t'écrirai de mon refuge – ou d'un nouvel enfer ?
Réponse de malampia le 09/08/2006 à 09h09
J'ignore quelle lettre te "l'a fait comprendre", mais je tiens à protester que pour ma part je te crois à… 80 ou 90% (c'est beaucoup, je suis plutôt défiant) et que ce thriller me donne la chair de poule.

Quant à la débandade, ne t'en inquiète pas! C'est la qualité qui compte, pas la quantité!

"Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!
Commentaire n°2 posté par Alain le 08/08/2006 à 13h51
Grand bête, ce n'est pas TA lettre, bien au contraire ! Cf la mienne.
Réponse de malampia le 09/08/2006 à 09h15

Bonjour c'est Sean,


Moi aussi je continue à te lire ... Etes vous tous les deux "fous" ? C'est un bien grand (et bien vilain) mot.


Maintenant je te dis que j'ai vu des gens dérailler après avoir subi beaucoup moins de difficultés que toi, que vous deux d'ailleurs. Pour être clair une consultation avec un psychiatre pourrait peut-être (mais j'extrapole) se révéler très utile pour Jérôme et pour toi.


Mais comme je me doute qu'il va refuser et menacer de te tuer si tu vois un spécialiste ben ... tu pourrais noyer le montant des consultations dans une pseudo rééducation de ta cheville recommandée par ton médécin. Et tu pourrais peut-être t'ouvrir à quelqu'un de bon conseil qui t'aiderait à entrevoir une porte de sortie et qui sait ...


Courage.

Commentaire n°3 posté par Sean le 08/08/2006 à 16h23
Merci Sean. Si je te réponds surtout dans les articles, c'est que tes questions et suggestions vont toujours au fond des choses. Tu ne m'as rien répliqué sur le sadomasochisme. Pourtant je suis sûre que tu n'es pas d'accord !
Réponse de malampia le 09/08/2006 à 09h13
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