Dimanche 6 août 2006 7 06 /08 /Août /2006 11:03
Une bosse au front, une lèvre écrasée à droite, un sein douloureux à gauche, un genou qui grince, et surtout une cheville qui a doublé de volume… Je crois que c'est tout. Une peignée mémorable ? Non, Jérôme n'est pas rentré… enfin ! Savoir ! Les faits d'abord, ou ce que j'en ai perçu. Heure : un peu plus de minuit. Je dors à l'étage. La sonnerie du téléphone me réveille. Bien incapable de dire depuis combien de temps elle retentissait. "Deux soirs de suite ! Quel emmerdeur !" Mais naturellement je n'envisage pas une seconde de ne pas y aller : ça signifierait que j'ai découché, et serait gros d'orages. Précipitation envapée, même pas la peine de chercher mes babouches, l'escalier… et puis, un noir. Je ne suis pas restée bien longtemps dans le coaltar, un quart d'heure vingt minutes peut-être, mais quand j'émerge, la sonnerie a cessé, et je suis rétamée au bas des marches, la jambe gauche à crier, le reste, je ne le sens pas; fracturée ? Je me tâte… non, dirait-on. Je me traîne jusqu'à l'interrupteur… Quelques taches de sang, presque rien : ma lèvre. Je pose la plante gauche à terre… Ça fait trop mal pour qu'elle me porte, une cheville foulée, des ligaments déchirés ? Au fond, je ne m'en tire pas trop mal pour un valdingue de 18 marches, ou un peu moins… Je m'étonne un peu de la position des contusions : je suis partie en avant, j'ai tendu les mains, après je ne saurais dire : j'ai surtout dégusté à gauche, mais tourné la tête, sans doute ?
Et puis autre chose commence à décanter : j'ai trébuché… sur quoi? Il n'y a rien dans l'escalier. Qu'est-ce que c'est que cette embrouille ? La panique me prend : Jérôme est dans la maison, il va finir le travail ! Je clopine jusqu'à la cuisine, m'arme d'un couteau à steak, m'enferme dans la salle de bains… et me calme assez vite, car il aurait pu aisément m'achever pendant mon stage dans le cirage.
Trop énervée pour me rendormir : tant qu'à faire, je m'en fais couler un, tant pis pour le téléphone ! Et c'est dans l'eau chaude que le puzzle se compose… Quoi de plus facile que de rentrer en douce, de m'appeler de son portable, et, dès que je me précipite, de tendre une corde, une ficelle quelconque sur les balustres moulurées de la rampe ? Je n'ai rien vu, rien entendu, mais petit à petit je me persuade que c'est bien sur une corde que j'ai trébuché…
Voilà. Je ne sais rien. En dire plus, ce serait du remplissage. Il est certain que ça n'a plus sonné, et le plus étrange, c'est qu'au 31 31, j'obtiens : "Sur votre ligne, aucun appel"… Or, si j'avais rêvé, celui d'hier au moins devrait être archivé. A moins que je ne rêve tout le temps, et en ce moment même… Soit le 31 31 ne fonctionne pas chez nous, soit, soit… Quelle plaie de ne rien connaître sur rien !
Comme tentative d'assassinat, c'est complètement idiot : combien de chances ou de malchances de se casser la tête en plongeant dans un escalier ? Une sur cent ? Mais ce serait assez le genre de Jérôme de tenter le coup, "comme ça", juste pour s'amuser. Qui d'autre téléphonerait à minuit ? Les commerçants dorment, les faux numéros, je n'en ai pas cinq par an. Or, s'il m'a appelée cette nuit et ne m'a pas trouvée, il aurait dû rappliquer ce matin, pour me passer au minimum une engueulade… ou se cacher dans les environs pour me voir rentrer, ou mon amant sortir. Onze heures presque, et personne. C'est louche, très louche.
Et c'est dimanche ! Je tape comme une conne, le pied dans ma bassine d'eau froide, bien décidée à appeler mon toubib lundi, mais n'osant pas le déranger un dimanche pour une entorse qui n'évolue pas mal, et se sera peut-être dégonflée d'elle-même demain… Vaudrait mieux, d'ailleurs ! Car, comme par hasard il n'y a plus rien à manger ! Juste des pâtes, et deux pots de confiture ! Ah ah ah ! Je trouverais triste, mais en même temps trop drôle, de mourir de faim…
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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