Samedi 5 août 2006 6 05 /08 /Août /2006 09:17
Pas de week-end, dirait-on, pas d'"oasis d'horreur dans le désert d'ennui" : Monsieur ne rentre pas, il m'en a avisée hier à onze heures et demie (je dormais) par un coup de fil lapidaire, sans me donner aucune explication, comme à l'accoutumée, mais il faut dire que je ne lui en demande pas. Je me méfie un peu, car il m'a déjà fait le coup de rappliquer deux ou trois heures après m'avoir annoncé qu'il ne viendrait pas. Je le crois jaloux à la puissance dix, non par amour, mais par orgueil, et très capable d'un crime passionnel, mais c'est de cette "passion"-là qu'il s'agirait. Conscient peut-être, car il n'est pas idiot, et même diaboliquement malin, qu'attendu les traitements qu'il m'inflige n'importe laquelle aurait pris un amant, sans plaisir, rien que pour saisir la seule vengeance à sa portée, et diversifier les crapules : mon Dieu, si un candidat sonnait à la porte, je ne dis pas non, mais je ne vais tout de même pas tomber dans les bras d'un témoin de Jéhovah ou d'un démarcheur de télécom ! Même en échange d'un effacement de l'"historique"… Mais cette terreur-là s'apaise pour une semaine.
Que Jérôme ait deux ménages, ou trois, son planning, vu de mon bout de la lorgnette, le lui permettrait, et je m'en réjouirais plutôt, mais j'en doute. D'abord, je suis légalement mariée, je suppose que les fichiers sont informatisés, et que la bi (ou tri…) gamie n'est pas facile à réaliser en France. Mes sœurs les doublardes devraient donc être encore plus lâches que moi, et accepter des situations précaires… pour l'argent ? Cela expliquerait que Jérôme ne mette pas un sou de côté, et que les "acquêts", chère Blanche, soient proches de zéro, voire négatifs, comme il ne manque pas de me le rappeler périodiquement, pour ma parfaite indifférence : ce que je m'en fiche, de son fric ! De toute façon, je n'en voudrais pas, je ne l'ai pas gagné, je me trouverais encore plus avilie d'accepter une rémunération pour les raclées que j'ai reçues, celles du "plaisir" et les autres.
Non, je ne crois pas au double foyer. Le compteur de la voiture galoperait moins vite. Je vous l'ai dit, c'est une autre peur qui m'habite, et qui n'a pas grand'chose à quoi se prendre, une petite culotte, un polaroïd, des tiroirs fermés à clef, des fichiers protégés, trop de paroles impudentes et imprudentes, égrenées sur toutes ces années, et dont le nombre va croissant… Il te semble aller de soi, cher Sean, que mon mari peut faire abondante moisson de partenaires "qui prendront leur pied à subir ses outrages", et moi je n'en crois rien. D'abord, parce que s'il y en a de VRAIES, c'est infiniment peu : on nous en met plein la tête, de couples sado-maso, mais la vérité (provisoire) c'est qu'il y a cent ou mille sadiques pour une maso, et que les 99 ou 999 soit se contiennent soit se passent de consentement. Vois ce que disent Blanche et Julie : c'est la NORME, et je n'ai pas connu UNE exception. "Fais-moi mal, Johnny !" Fais-moi rire, plutôt. Au tapin, pour nous TOUTES, le client sadique, c'était le numéro noir, et si tu imagines qu'il y en avait une seule pour apprécier une tourlousine de son mac, tu vis dans un conte. Les fantasmes, oui, mais "Histoire d'O", c'est pas la vie : dans la vie, la douleur fait MAL, point barre. Enfin, j'attends encore un démenti, mais féminin.
Ensuite, vois-tu, mon mec n'est pas précisément séduisant. Il a dix ans de plus que moi, il est dégarni, empâté, pas très grand, la poitrine velue (ça, ça peut plaire, paraît-il : là encore, je demande un sondage) les yeux globuleux et les bajoues pendantes. Pour tout dire, j'imagine mal qu'il puisse avoir une femme sans la payer ou la violer. Il était moins moche évidemment il y a dix ans, mais un zeste de pitié a joué son petit rôle dans la résolution que j'ai prise de tout quitter pour vivre avec lui… de pitié, saupoudrée de calcul : celui-là au moins, on n'essaierait pas de me le prendre, c'était un gage de durée. D'où ma crainte d'avoir affaire à un serial violeur, sinon pire, et qui s'en prenne à des mineures au cours de ses pérégrinations : la culotte est vraiment petite (EUR 34), et le polaroïd représente une gamine. D'autre part, il connaît bien la Thaïlande et les Philippines, bien qu'il ne semble pas y être retourné de mon temps. C'est trop peu pour une certitude ou une dénonciation; mais je ne crois pas le soupçon paranoïaque, et j'espère ne pas me repentir un jour de ne l'avoir pas dénoncé.
Il m'a menacée dix fois de m'enterrer dans le jardin, avec l'accent d'un qui a tout prévu, et ne se fera pas pincer; mais de me quitter (ou plutôt de me lourder), jamais. Aussi fou que cela puisse paraître, il tient à moi, moins en tant qu'esclave domestique (il critique tout ce que je fais, systématiquement, et ne m'épargne aucun : "Bon Dieu ! Tu n'as rien à glander de tout le jour, et tu n'es même pas foutue de"… mais au fond il se fiche de ce qu'il mange, et vivrait à l'aise dans une porcherie) que comme objet sexuel, victime qui lui permet de se fantasmer puissant, et… je ne sais pas, une espèce de bibelot qu'on montre ou pourrait montrer, dont on est content de disposer, même sans désir de le voir souvent. S'il y a un "acquêt" pour lequel il n'est pas radin, c'est bien les fringues, j'en ai des tombereaux, toutes plus sexy les unes que les autres, il ne me demande même pas mon avis, selon lui la beauté appartient à ceux qui la regardent, et ça se défend; qipao, ras-de-la-touffe, ou décolletés vertigineux, il faut toujours que je sois vêtue en miroir aux alouettes quand nous sortons ensemble, ce qui, Dieu merci, n'est pas fréquent. Et quand je sors seule, j'ai le choix entre deux vieux jeans et trois T-shirts ! Pour lui, je suis un peu comme sa Patek Philippe au poignet, un signe extérieur de richesse, de puissance, de supériorité (il lui en faut peu !) et il bave de bonheur qu'on mate mes seins et, se figure-t-il, qu'on l'envie. Ma foi ! Ce rôle d'escort wife est bien le moins désagréable qu'il me fasse jouer.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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