Vendredi 28 juillet 2006 5 28 /07 /Juil /2006 07:48
Jérôme est représentant en produits pharmaceutiques. C'est du moins ce qu'il dit, et les échantillons sont là. Et qu'il voyage beaucoup, c'est une certitude, car je le vérifie au compteur. Jamais moins de mille kilomètres par semaine, souvent 2000, une fois plus de 5000.
Je ne me suis jamais fait beaucoup d'illusions sur sa fidélité. Je suis le torchon pendu dans la cuisine, et un objet sexuel quand il lui en prend fantaisie, ce qui, Dieu merci, est de plus en plus rare. Faire l'amour, ce n'est déjà pas drôle; mais quand les morsures et les coups se mettent de la partie… Non, on ne me fera pas croire qu'il y ait une femme au monde pour apprécier ça. Tout au plus des masos. Ou alors de très amoureuses… Mais comment être amoureuse d'un salaud qui s'excite comme ça?
Il a pourtant été tendre et patient. Mais c'est si loin que je me demande si je ne l'ai pas rêvé. Est-ce que je l'ai déçu? Est-ce que cette déception l'a poussé à la cruauté? Il le prétend, lui, quand il est calme, que si j'avais eu du répondant, il n'aurait pas eu besoin de pimenter la vie de cette façon-là. Tu parles! C'était dans sa nature, voilà tout, et il l'avait cachée. Peut-être à lui-même. Je refuse de culpabiliser pour ce que je suis seule à subir.
Seule? C'est la question. Les autres, il n'en parle pas, et jusqu'à une époque récente, je pouvais me dire que mon imagination travaillait trop.
Jusqu'à cette petite culotte, coincée sous le siège arrière. Oh, bien banale, pas un string à dentelles! Mais vraiment vraiment petite. Je ne suis pas une dondon, mais je ne pourrais jamais entrer dedans.
Et puis, oublie-t-on sa culotte dans une voiture? La glisse-t-on sous le siège arrière? Elle est sale, pas très sale, mais pas prise au fil : portée, ça se voit, ça se sent.
Un viol? Une mineure? Je ne sais rien, sinon de quoi mon mari est capable. Et de quoi il serait capable si je lui demandais des explications.
La voiture est acquise depuis peu, et de seconde main. Tout est possible. Je ne sais pas. Mais j'ai peur, et pas seulement pour moi.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Mardi 25 juillet 2006 2 25 /07 /Juil /2006 06:44
J'envie ces gens qui titrent "moi" et passent une photo d'eux. Ils sont libres. Même si j'avais un appareil adéquat, je n'oserais jamais faire une chose pareille. Jérôme me tuerait. Il m'enterrerait dans le jardin, et comme personne au monde ne sait que j'existe, rien ne serait changé, sauf quelques brins d'herbe mieux nourris, quelques asticots… Mais pas besoin de photo pour ça, pas besoin de prétexte : il va le faire, il m'a prévenue. Je me pleure déjà, je m'y vois déjà, un mètre et demi sous le gazon, deux peut-être : il sait se donner de la peine quand le résultat la vaut. C'est de là que j'écris, presque : je connais l'endroit, au ras de la haie, à l'abri des regards. A moins que je ne le zigouille la première, mais je ne suis pas de force : il faudrait le faire pendant son sommeil, et moi qui ne sais même pas me défendre, comment serais-je fichue d'attaquer?
Je n'étais pas si mal, pourtant. Pas une beauté à défaillir, non. Mais rien qui choque l'œil, et des proportions très acceptables : 55 kilos pour 1m69, TP 89, TT 65, TH 84, pas de culotte de cheval, et de cellulite comme point; encore me suis-je empâtée récemment, et j'ai répéré quelques cheveux blancs dans le châtain : normal, vu ce que j'endure, même si c'est aux 3/4 dans ma tête, je ne m'étonnerais pas de me réveiller un beau matin couverte de neige. Mais je crois que ces histoires-là, c'est du pipeau.
Je m'habille comme une chaisière, mais quand je me risque dans la rue, je m'aperçois bien que je plais encore. Pour une nuit, un soir, un petit moment… Très peu pour moi. Je rêve de celui qui m'arrêterait et me dirait : "Partons au bout du monde". Il me semble que je répondrais "oui" sans regarder en arrière, sans même le regarder, lui. Mais personne ne fait ça, jamais. Dire que certains, peut-être, ne demanderaient pas mieux! Je devrais pleurer dehors. Ce serait un appel. Inciter à oser. Mais les larmes ne me viennent pas en public.
Il y a quelque chose de rageant à penser que tous les malheurs de ce monde viennent du manque de relations. Qu'il n'est personne à qui l'on ne porterait secours, si l'on savait. Mais on ne sait pas, parce que quelques têtes d'affiche accaparent l'information. Quelqu'un nous attend tous, quelque part, que nous ne connaîtrons jamais.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Lundi 24 juillet 2006 1 24 /07 /Juil /2006 07:16
Je n'en peux plus. Deux sentiments m'habitent : l'ennui et la peur. Et encore, je ne sais même pas si l'ennui est un sentiment. Je ne sais rien. Je ne comprends rien. On ne m'a rien appris. Je n'ai pas voulu apprendre. Et me voilà, malheureuse comme les pierres. Et coincée.
J'habite une petite maison dans les faubourgs de Poitiers. Enfin, pas si petite. Et plutôt coquette, même. Un roi de France n'en voudrait pas (j'exagère un peu : je sais qu'il n'y a plus de rois en France depuis quelque temps) mais un SDF si. Elle ressemble un peu trop à ses voisines, mais en plus sobre. Pas de nains de jardin, de barnum ou de puits en pneus : Jérôme n'en veut pas, selon lui c'est “quiche”, c'est son mot pour ce qui n'est pas de son goût. Son goût qui n'est pas que son goût, mais supérieur aux autres, naturellement. Moi je m'en fous! S'il n'y avait que ça!
C'est vraiment tout ce que j'ai. Et encore, façon de parler, car la maison est à lui. Je n'en sors jamais, pour ainsi dire. Les courses, chez Leclerc. Quelques balades au centre-ville, quand je suis sûre de ne pas me faire pincer. Eh oui! Je n'ai PAS LE DROIT d'aller en ville. Et d'ailleurs pas un sou. Juste la carte, et à peine de quoi m'offrir un café.
Je ne connais personne. Il a fait fuir tous les voisins, et je n'aurais pas le courage de les relancer. Je n'ai jamais vu mon père, je n'ai aucun souvenir de ma mère, et mes familles d'accueil, mieux vaut ne pas y penser. J'ai eu des amies, où sont-elles? Pas d'adresse. A moins d'aller où elles tapinaient autrefois… Pas d'enfant, je suis stérile, et n'importe comment “il” n'en voulait pas. Je suis seule, seule, seule! Le courrier, c'est des factures et des prospectus. Quand ça sonne, c'est un démarcheur… ou les Témoins de Jéhovah! Mais avec moi ils sont mal barrés : le “plan de Dieu” ne m'a pas prévue, c'est clair, alors, Dieu, je l'emmerde. Je ne connais qu'un être au monde, et c'est un cauchemar.
De toute façon, je ne suis pas d'ici, je n'ai rien à faire ici! Ailleurs non plus, du reste. Je suis née à Toulon, mais ça ne signifie rien. Partout je serais étrangère.
J'ai 32 ans, et ma vie est finie. Elle n'a même pas commencé. J'ai honte de dire ça, quand je vois le malheur des autres, à la télé, tous ces gens qu'on torture et martyrise, ces enfants qui meurent de faim. J'ai de quoi manger, un toit au dessus de ma tête, du chauffage l'hiver, et en plus je ne fiche rien! On ne voit pas de quoi je pourrais me plaindre…
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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