Vendredi 11 août 2006 5 11 /08 /Août /2006 10:00
C'est vrai que j'ai reçu beaucoup de gifles, mais comme disait toujours ma copine Malika, quand je m'étonnais de sa gaieté inaltérable : "La vie est bien assez triste comme ça, je ne vais pas pleurer en plus !" Et puis, au fond, je crois que toutes les vies se valent, heureuses ou malheureuses, et même que ces gens qui "ont tout" sont souvent plus à plaindre que ceux qui n'ont rien, car il ne leur reste rien à désirer. Ça fait réfléchir, de voir se suicider des acteurs beaux, célèbres et richissimes, qui ont le monde à leurs pieds. Il me semble que le bonheur réside plus dans l'attente que dans l'obtention.
D'ailleurs, de quoi jouit-on, sinon d'une différence ? M'est avis qu'une existence uniformément heureuse est aussi ennuyante qu'une constamment tristounette. Quand on reçoit des coups de marteau sur la tête toute la semaine, une simple pause, c'est la fête ! J'ai connu pas mal de clochards entre 18 et 19 ans, on pourrait croire, et à bon droit, qu'il n'y a pas pire que ce genre de vie, tissée de privations, de précarité, de dangers et de mépris. Mais cela, c'est le fond, on ne le sent plus qu'à peine, on n'a aucune envie de se comparer à Rothschild. Et de ce fond, presque considéré comme "naturel", se détachent des joies : un casse-croûte, une bouteille, un lit, un rayon de soleil, quelques mots de conversation avec un inconnu qui vous écoute et ne vous prend pas pour un déchet, PAR RAPPORT au quotidien, ça peut valoir plus qu'un Oscar ou un gros chèque pour un nabab.
Moi aussi, j'ai mes joies, mes souvenirs privilégiés. Et ils ne me viennent pas que du ciel, des feuillages ou des livres : des hommes aussi, parfois, charnels ou virtuels : les quelques paroles amies et compatissantes que je lis ici m'enivrent dans mon désert. Un top-model surbooké n'y penserait pas cinq minutes, mais moi elles me font jusqu'au lendemain. Mon vieux médecin serait bien surpris d'apprendre avec quelle fébrilité j'attends ses visites, que je vais me recoiffer "pour lui" six fois le jour, et soigne ma mise, sans la moindre intention pourtant de le séduire !
Mais les souvenirs vraiment indicibles, où le doux côtoie l'amer sans s'y confondre, sont ceux d'un homme qui s'est montré adorable, et ensuite révélé odieux. C'est… grinçant ? je ne trouve pas d'adjectif, d'avoir honte des plus beaux jours de sa vie, mais en toute objectivité, si j'avais à répondre à un questionnaire, il faudrait bien avouer que rien, ni avant ni après, ne m'a tant ému que mes premières rencontres avec Jérôme. LA première, il prétend que je l'ai oubliée, et je l'en crois : un client comme un autre, ils se mélangent tous. Et celui-là ne payait pas de mine.
L. avait adopté un système dont il était seul à user, que je sache : ses deux "femmes" travaillaient au forfait. Il fallait que nous ramenions chacune 2000 francs par soirée, ce qui représentait de quatre à six passes : on commençait la négociation à 500, mais on baissait jusqu'à 300 pour les radins; celles qui acceptaient moins, qui "cassaient les prix", avaient des ennuis avec le "syndicat". Le chiffre passait donc pour raisonnable, et la pratique pour dangereuse pour monsieur l'Homme, qui permettait à sa gagneuse de se faire un trésor de guerre pour le quitter. Il acceptait du déficit un ou deux jours, à condition qu'il soit compensé; en cas de prolongation, il cognait. Sonia mettait pas mal de côté, mais moi, une fois payées ma taxe et ma blanche, ces sales porcs me dégoûtaient tellement que j'arrêtais les frais. Un soir de juin donc, vers dix heures, je vois arriver ce pékin, avec plus de cheveux et moins de kilogs qu'aujourd'hui, mais rien d'un Adonis : déjà le physique-type du commis-voyageur. Il accepte 500 sans discuter, ce qui m'irrite : dans ces cas là, on se dit toujours qu'on aurait pu demander davantage. On monte… "Te désape pas, c'est pas la peine"… et le voilà parti à me caresser, surtout les cheveux, ce qui n'est pas ordinaire. Je pensais tenir un fétichiste inoffensif, et à réclamer une rallonge pour le shampooing. Mais c'était aussi un baratineur, espèce moins rare, et que je ne pouvais pas souffrir : question sur question sur ma vie, et "comment une aussi jolie fille pouvait", etc, auxquelles je répondais par monosyllabes, jusqu'au moment où j'ai dû l'aviser de s'activer un peu, car l'heure tournait. "C'est combien, un couché ? [N.B. : toute la nuit] – J'en fais pas. – Dis un chiffre !" Non, si, non, si, et puis : "Dix mille francs ! – Ouh! Trop cher pour moi !" Et là, je ne sais ce qui m'a prise, de lui révéler qu'il me fallait 3000, e basta. "Ça marche ! Mais je les ai pas en liquide. Tu prends les chèques ? – Hin hin. – Alors tu m'accompagnes jusqu'à un distributeur, et après je t'emmène dîner." Pas inédit, bizarre tout de même, et périlleux : où l'on restait dans le coin, avec gros ennuis à la clef, ou il m'embarquait, et je courais le risque d'une séance à la campagne, avec hémoglobine à tous les robinets. Je lui ai exposé honnêtement le dilemme, il m'a proposé de le retrouver devant la B.N.P., et d'aller ensemble à pied jusqu'au port : un début de complicité.
Manger ensemble, c'était différent, ça mettait en jeu un autre type de civilité; à 23 ans, la jeune chieuse avait trépassé depuis longtemps; et devant une bouillabaisse, ses questions, j'ai commencé à y répondre, avec le minimum de mensonges par omission (les macs, ça n'existe plus : sociologie officielle. J'avais choisi ce métier, non par goût mais faute de formation, et l'exerçais sans tutelle) et à lui en poser en retour. Déjà j'étais sensible à son étrangeté. Mais il me traitait en être humain, et, l'alcool aidant (je mangeais très peu, j'étais gravement camée à l'époque) je m'attendrissais sur moi-même…
Oui, j'en rougis à présent, mais c'est la plus belle nuit de ma vie. Il ne m'a pas baisée, on n'est même pas rentrés, on a vu l'aube ensemble se lever sur le port. C'était presque l'été, mais le mistral soufflait, et l'on gelait. Il m'avait donné son manteau.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Jeudi 10 août 2006 4 10 /08 /Août /2006 08:14
Un peu sonnée ce matin, pas par la vie (Jérôme n'est pas rentré, le Dr M. est vraiment un vieux monsieur dévoué, et pas peloteur, la mammographie est négative, et je n'ai presque plus mal : la cheville me gratte, c'est tout : tout baigne !) mais par une lettre bizarre, qui me soupçonne, non pas de mentir, mais carrément d'être moi-même… un personnage de fiction !! J'ai répondu trop vivement, je ne devrais pas me sentir offensée, surtout que ce n'est pas dit méchamment : c'est quelqu'un qui cherchait à me rendre service, m'a envoyé un (petit) pavé de l'ours, et qui, plutôt que d'avoir gaffé, préfère que je n'existe pas. Mais ça marque bien les limites de "ne pas être seule" sur le Web, où tout est possible, où l'appui purement verbal peut se dérober en un clin d'œil, où le doute ronge tout… Moi aussi, j'ai peur des imposteurs ! Mais je me fais une idée simple de leurs intentions, alors que si je n'existais pas, moi, "je" serais grave ! Quel serait "mon" but, je vous le demande !
Si je suis secouée à ce point par cette accusation absurde, c'est qu'elle ravive tout un pan d'enfance : je n'avais pas dix ans quand j'ai commencé à trouver équivoques les caresses et les fessées du père S., le concubin de ma mère d'accueil, un autre Émile Louis parmi des milliers qui sont encore en liberté, et qui n'ont tué personne, mais brisé bien des vies. Et Solange, sa compagne, n'était pas complaisante, mais, ce qui est bien pire, et plus fréquent, elle me rendait responsable des pulsions libidineuses de ce salopard dégoûtant. Cela, je ne l'ai compris que plus tard : au jour le jour, je ne faisais que subir, dans l'incompréhension et le fatalisme, des châtiments corporels qui ne se donnaient même pas l'apparence de la justice, et qu'il était chargé, lui, de m'administrer. Il frappait plutôt mou, comme à contre-cœur, suggérant qu'il désapprouvait, et, Dieu me pardonne, je le considérais comme un recours, et, oui, un ami : je n'avais personne d'autre, et un enfant ne peut subsister sans aucune affection. Jusqu'au jour où il a franchement dérapé, en me donnant un bain : j'en ai vu bien d'autres depuis, mais il me semble qu'à mon dernier souffle je reverrai cette charcuterie rougeâtre qui dépassait du T-shirt… C'était pendant les vacances, et j'ai attendu la rentrée pour fuguer. Heureusement, je suis tombée sur un automobiliste correct ou prudent, qui n'a pas eu de mal à me tirer les vers du nez, et m'a amenée direct à la gendarmerie de B. Le psy naturellement ne voulait rien entendre : j'avais mal vu, j'avais rêvé… j'étais une gosse tordue, on n'accusait pas les gens comme cela… Ce qui nous ramène au présent, c'est justement que je n'avais pas choisi : "Tu rêves, c'est un cauchemar, tu vas te réveiller" comme mode d'évasion, mais bien : "Tu ES rêvée, tu n'existes pas, quelqu'un t'imagine." Ce Quelqu'un, c'était bien sûr Dieu. Le solipsisme, je crois (je ne le connais que par "Le monde de Sophie") consiste à nier le monde extérieur : il ne subsiste que Moi et un Dieu qui s'amuse à me tromper à force de mirages. Je n'ai pas poussé mes études jusqu'à "Cogito ergo sum", mais je n'ignore pas que cette formule résume la seule certitude absolue de la philosophie. Je ne la sens pas. Cette certitude-là n'est pas mienne. Et encore aujourd'hui, surtout aux abords du sommeil, je ne suis pas sûre d'être, j'ai parfois l'impression qu'"on" pense pour moi, par moi, qu'on ME PENSE.
J'ai un peu parlé de ce singulier doute à quelques copines, jadis, et n'ai jamais rencontré personne qui le partage, ni même qui le comprenne. Le succès du livre de Gaarder s'explique sans doute autrement, par la facile initiation à la philo qu'il permet. Mais moi, j'ai été fascinée par cette petite Sophie qui croit vivre et exister, et découvre qu'elle n'est qu'un personnage de roman : ce pot-aux-roses, je crois bien être une des rares lectrices à l'avoir deviné avant le chapitre "Berkeley". C'est ma plus profonde hantise et ma plus ancienne échappatoire que je redécouvrais là, imprimées.
Et bien qu'à un autre niveau je sache parfaitement que j'existe, que je me pince, me regarde dans la glace, et m'entende parler (je lis à haute voix en écrivant) cette incertitude subsiste "quelque part", confortée sans doute par le fait que les deux hommes qui ont partagé, ou plutôt fabriqué ma vie pendant les treize années écoulées, m'ont traitée non en sujet, mais en objet manipulable et prévisible : L. m'avait réduite à une docilité absolue, et presque à l'inconscience, par la terreur pure. Jérôme, plus fin, et plus fou, s'ébaudit continuellement à me prendre pour cobaye pour des "expériences" qui n'en sont pas vraiment, puisque leur issue est certaine : quand on prend de l'acide, on est dépossédé de soi-même. Cent fois, je me suis surprise à réciter le rôle qu'il m'assignait; mais le jeu était truqué, puisqu'il était l'agresseur, et que de plus en plus souvent, je ne me conforme à ses attentes que pour éviter ses violences.
Il y a tout de même là-dedans un moi, un moi frileux et craintif, mais qui n'a pas démissionné. Jamais je n'ai accepté de me voir comme on me voyait : chieuse, traînée, lavette… je me laissais convaincre un moment. Mais quelque chose a toujours résisté, qui s'est parfois traduit en actes.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /Août /2006 08:57
20% de méfiance, mon cher Alain, c'est tout de même une haute dose. Et toi, cher Sean, tu trouverais normal que je consulte un psy unilatéralement ! Même Jérôme ne m'a pas fait cet affront, quand nous nous sommes interrogés sur notre stérilité : il a fait examiner son sperme sans réticence. Mais je vous suis très reconnaissante de votre sincérité, et je vais apporter de l'eau à votre moulin : j'ai connu cinq familles d'accueil entre 4 et 18 ans, et dans les foyers, j'étais considérée comme un cas difficile. Cela fait boule de neige : plus un sujet a de conflits, moins on examine chacun d'eux, on se contente de gémir : "Oh ! Encore elle !" Je n'ai cessé d'être battue que pour être pelotée et violée : ou j'ai joué de malchance, ou c'est la règle générale, et les autres s'en accommodent, ou, effectivement, j'ai un grain. Ce que je peux vous dire, c'est que des psy, j'en ai vu à l'époque, ils m'ont de plus en plus systématiquement donné tort à mesure que mon dossier s'épaississait, On semble faire beaucoup de cas en ce moment de la "parole de l'enfant", mais moi je reste sceptique, je crois qu'une pincée de cas médiatisés font illusion, et que la règle demeure le silence des abysses, ou, quand l'enfant parle : "Tais-toi, voyons ! Tu l'as rêvé." Je crois qu'à moins d'être un pou, une fille a bien de la chance si son enfance n'a pas croisé la route d'un salaud. Je peux vous affirmer en tout cas que TOUTES mes compagnes de trottoir avaient été violées au moins une fois, et "séduites" (ah ah ah) avant l'anniversaire de leurs quinze ans, le plus souvent par un oncle, un frère, un parâtre… ou un vrai père. JAMAIS je ne consulterai spontanément un psy, et à ce sujet au moins je suis d'accord avec Jérôme, dont le passé n'est pas plus clair que le présent, mais qui possède une connaissance interne de l'hôpital psychiatrique, où il ne faisait probablement pas des stages d'infirmier, et les considère tous comme des imposteurs. La psychiatrie ne guérit personne, elle se contente d'habiller les conduites de discours ronflants, et d'abrutir ses patients avec des drogues.
"Fou", "folle", moi je les aime bien, ces mots, je les trouve moins vilains, et plus respectueux, que "psychotique". Quand je m'interroge sur moi-même (car cela m'arrive), le problème se situe à deux niveaux : celui des faits, et celui de l'interprétation. Si je n'observe pas correctement les réalités, si je ne peux même pas me fier à ma perception, alors tout est perdu, c'est "Matrix", je vis dans un univers d'illusion, et il faut m'enfermer. Mais ce n'est pas de cela que je suis suspecte; si je compte treize sacs Mammouth, ou évoque mon entorse, vous ne me contestez pas les faits, mais l'interprétation : c'est à la psychose paranoïaque que vous pensez, la reine des folies, l'inguérissable suprême ! Je vous l'avoue, sa spécificité m'échappe : tous, face aux énigmes posées par le monde, nous nous employons à les résoudre avec nos pauvres moyens, je ne vois pas comment on pourrait se situer dans une position assez dominante pour trancher qu'un jugement est faux. D'autre part, je n'ai pas l'impression d'être fermée au dialogue avec des interprétations divergentes. Je conçois très bien qu'une gourde qui se casse la figure du haut d'un escalier, et à qui son petit mari attentionné prépare un curry de fête pour la consoler, paraît fort ingrate quand elle prête des pulsions homicides à ce saint de vitrail, un peu violent certes dans ses ébats, mais le moyen de ne pas s'énerver quand on a sur les bras une "anorgasmique" même pas foutue de faire semblant de jouir ? Je conçois très bien qu'une petite culotte, nullement sanglante, une photo floue, une armoire fermée, des fichiers protégés, ce n'est rien en soi : si c'était quelque chose, j'aurais appelé les flics. Mais écoutez un peu, et dites-moi si c'est "normal" :
– de mettre en douce une dose (ou deux !) de L.S.D. dans mon café, au petit déjeuner. Si je n'avais pas essayé autrefois, et connu Jérôme, ce jour-là je me serais vraiment crue folle ! Il ne m'aurait pas avoué cette "espièglerie", d'ailleurs, si je n'avais exigé un médecin.
– de mettre de la vieille huile à frites dans la bouteille de jus de pomme (je ne vous dis pas la gorgée, la nuit ! Commentaire du Monsieur : "Et si ç'avait été de l'acide sulfurique ?") ou du sucre dans la salière, et de se plaindre trois jours durant que la bouffe est fade.
– de prendre des photos de cadavres d'animaux, chiens, chats, mouettes, rats, hérissons, sur le bord des routes, d'en faire faire des posters, et de les punaiser dans la chambre à coucher. Il en a trois albums; il est vrai qu'il a aussi trois albums de moi plus ou moins nue, et sans doute d'autres sous la clef.
– de déplacer constamment les signets dans mes livres, "pour voir si je lis vraiment" !!!
– de manquer d'incendier la cuisine en oubliant sur le feu une mixture infâme, soi-disant pour fabriquer du gaz hilarant.
– d'éventrer une cabine téléphonique, pour expérimenter une poudre de son invention (il ne me l'a pas RACONTÉ, je l'ai VU).
– de me laisser attachée toute une matinée aux montants du lit, après un cinéma d'égorgement très convaincant. "Allez, je reviens samedi !" C'était lundi, je l'en croyais capable, et j'ai vécu "Carrie" d'avance. Les thrillers, Alain, ne sont pas palpitants du tout dans la vie. Depuis, je refuse absolument d'être attachée.
– de feindre tout un week-end une amnésie totale. Cela, tout récent, Vous l'auriez cru. Pas moi. Mais j'ai fait comme si.
Je mélange exprès le bénin et le pire; et ne croyez pas que ces facéties soient exceptionnelles : c'est tout le temps, ou plutôt récurrent, et j'ai observé que les périodes difficiles sont sauf exception celles de pleine lune, surtout l'été : l'hiver, il est plus calme… en général.
Même les coups suivent vaguement les phases de la lune, ceux de la colère s'entend, car ceux du plaisir ne connaissent aucune loi : il est quasi-convenu entre nous qu'un ferlamour est une simulation de viol. Et je suis pas mal marquée, vous savez ! Les bleus s'effacent, mais il y a des cicatrices qui restent, et je ne me les suis pas faites toute seule.
Le pire, c'est l'angoisse de l'escalade. Le plus barge est le plus récent : le L.S.D. date de juin : quel cocktail ne pourrait-il me préparer, avec ses échantillons de médicaments ? Et les menaces croissent en fréquence et en intensité. D'ailleurs, ma décision est prise, cette fois : dès que je suis sur pieds, je pars. Plutôt le trimard que cette agonie.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Mardi 8 août 2006 2 08 /08 /Août /2006 09:02
Quelle journée! J'ai commencé par me faire tancer gentiment, mais copieusement par le Dr M., pour n'avoir pas osé l'appeler dimanche : à l'entendre, en cas de luxation, j'aurais pu en rester estropiée. Il m'a prise dans sa voiture pour aller faire les radios, et en fin de compte il a perdu deux heures avec moi pour le prix d'une visite ! Je ne savais plus où me fourrer. Le comble, c'est qu'il m'a demandé si j'avais besoin de quelque chose, de pain ou quoi, je n'allais tout de même pas lui demander de faire mes courses, en plus ! Je me méfie tellement… et sans doute trop. C'est un vieux bonhomme un peu bourru, mais aux mains très légères, qui me traite comme une mouflette, et qui, des trois fois où je l'ai consulté, ne m'a pas demandé une seule de me déshabiller. N'empêche que j'en ai vu d'autres, de ces vieux à qui l'on aurait donné le bon Dieu sans confession, et que je sais ce qu'ils avaient dans le crâne, tous ! Oui, seulement à force de le savoir d'avance, ma petite, tu l'installes là où il n'y a rien, peut-être, que la compassion, tu t'enlèves jusqu'à la faculté de réviser ta règle, comme ces gens qui écoutent tout le monde "de haut", et n'entendent jamais que ce qu'ils savent déjà. On verra ce soir, puisqu'il doit repasser : je lui parlerai de ma douleur au sein, qui subsiste quand les autres s'estompent, il n'est pas bien difficile de distinguer une palpation médicale d'une "plus si affinités".
En attendant me voilà non pas plâtrée, mais "strappée" : le genou n'a rien, et l'entorse de la cheville est bénigne. C'est quand même quinze jours de quasi-immobilité minimum, et le conseil d'éviter l'escalier : je me suis donc fait un lit sur le divan du salon, et hier midi j'ai dégusté des nouilles à la confiture. Je ne vous donne pas la recette, sauf si vous faites une cure d'amaigrissement, car à moins de mourir de faim on n'a pas envie de se resservir !
Mais le lundi n'est pas achevé, et à cette matinée trépidante a succédé une après-midi… de fête. À peine avais-je allumé le P.C. pour vous donner de mes nouvelles (je veux dire à ceux qui restent, car d'après les statistiques c'est la débandade) que j'entends une voiture ! J'éteins tout, et bien m'en prend, car c'est Jérôme. "Salut !" Aucune explication, naturellement, de l'absence, ni du retour, mais il est souriant, enfin, disons… rictussant. "Qu'est-ce qui se passe ?" Les béquilles : on ne voit qu'elles. J'explique, en taisant les soupçons, attendant l'éclat de rire homérique : et, non ! Il m'enlace, tout attendri : "Pauv' poupette! Alors t'as même pas besoin de sortir pour t'accidenter ? À ma place tu serais morte depuis longtemps." Pour lui, c'est un propos tendre. Et comme il est déjà quatre heures, je lui signale qu'il n'y a plus rien à croquer. "Juste un caoua, et j'y vais !" Pas la peine de faire une liste, il n'en tiendrait nul compte. Il liche son espresso en réclamant détail sur détail – mais sans la moindre allusion, remarquez bien, à SON coup de fil ! Comme il a l'air débordant de bonne humeur, je finis par poser la question moi-même : "Ah, pas moi, en tout cas! Il faut appeler le 31 31." Que le l'aie déjà fait, il s'en gausse : même cela, pas foutue de ! Mais il obtient le même message : "Bizarre. C'est une cabine, ou l'étranger, ou un portable… pas le mien, puisqu'il est au répertoire." Ah bon. En aurait-il un autre ?
Une heure et demie plus tard, le voilà revenu, avec treize sacs pleins, je dis bien treize. Il y a de tout, beaucoup de surgelé, des plats cuisinés absurdes, genre caillettes de l'Ardèche, huit bouteilles de vin, et pas du qui tache, deux de Gewürtztraminer, mon préféré, une tonne de fruits, dont pas mal d'exotiques, et même de ces petites bananes longues comme le doigt, qui ont un goût de pomme, et dont je raffole…
Mais ce n'est pas fini. Il est cinq heures et demie, et Monsieur se met en cuisine : "Tu touches à rien !" Je sais ce qui m'attend, c'est son curry, son curry éponyme, le dernier remonte à un an – arrache-gueule, mais délicieux, d'ailleurs, agrémenté de fruits frais (ananas, mangue, banane) et de poudre de noix de coco… Cette fois, la recette mériterait d'être précisée; mais je ne la connais pas. "Repose-toi ! Mets un disque !" Bon. Le requiem de Mozart, pourquoi pas? C'est de circonstance.
L'avantage, c'est de pouvoir pleurer dans l'assiette, en mettant les larmes sur le dos du hot. Car comprenez-moi : je sais que les plats ne sont pas empoisonnés, qu'il n'a pas substitué le la coke au coco, encore qu'il m'en ait fait voir de belles en ce genre. Mais à présent je suis SÛRE, ou presque, qu'il a fait cette folie la nuit d'avant, et qu'il va recommencer. Je vous l'ai dit, tout ce qu'il m'offre en temps ordinaire, c'est des fringues, pour lui, pour regarder, me les enlever, ou mettre en valeur son escort wife, et lui-même par rebond. De gentillesse vraie, je ne lui en ai connu que lorsqu'il avait le sentiment d'être allé trop loin : après des raclées, notamment. Il a eu cette idée perverse, elle lui a trotté quelque temps dans la tête, sans doute; et puis, avant-hier, il n'a pu se tenir de la réaliser. Ce n'est qu'une étape, je le ressens au profond de la viande. Je le sais bien, vous pensez que je déraille : une lettre me l'a fait comprendre ce matin. Mais non, désolée : IL déraille.
Ou je suis folle, complètement, ou IL EST FOU. – Ou les deux, ah ah ah!
Il me fait boire. La première bouteille, une seconde… Ça l'énerve, que je ne vide pas mon verre assez vite. Mais attends, mon bonhomme, j'ai eu neuf ans pour t'étudier. Tu rouleras sous la table le premier, et si l'un de nous doit parler, ce ne sera pas moi. Je sais que tu sais que je sais. Mais je ne suis pas certaine que tu saches que je sais que tu sais que je sais.
Puis, brindezingues aux trois quarts, on regarde un vieux film ("Brazil") ensemble, serrés l'un contre l'autre. "Un peu de nécrophilie ?" J'en ai la chair de poule.
Et il me souhaite bonne nuit sur mon divan, sans faire valoir son droit de cuissage. Encore un "miracle d'amour" ! A peine est-il monté que je me relève pour vomir, prendre un couteau à la cuisine, et le glisser sous mon oreiller. Je m'endors quand même, et au matin tout va bien : je suis de nouveau seule, avec ma gueule de bois.
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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Dimanche 6 août 2006 7 06 /08 /Août /2006 11:03
Une bosse au front, une lèvre écrasée à droite, un sein douloureux à gauche, un genou qui grince, et surtout une cheville qui a doublé de volume… Je crois que c'est tout. Une peignée mémorable ? Non, Jérôme n'est pas rentré… enfin ! Savoir ! Les faits d'abord, ou ce que j'en ai perçu. Heure : un peu plus de minuit. Je dors à l'étage. La sonnerie du téléphone me réveille. Bien incapable de dire depuis combien de temps elle retentissait. "Deux soirs de suite ! Quel emmerdeur !" Mais naturellement je n'envisage pas une seconde de ne pas y aller : ça signifierait que j'ai découché, et serait gros d'orages. Précipitation envapée, même pas la peine de chercher mes babouches, l'escalier… et puis, un noir. Je ne suis pas restée bien longtemps dans le coaltar, un quart d'heure vingt minutes peut-être, mais quand j'émerge, la sonnerie a cessé, et je suis rétamée au bas des marches, la jambe gauche à crier, le reste, je ne le sens pas; fracturée ? Je me tâte… non, dirait-on. Je me traîne jusqu'à l'interrupteur… Quelques taches de sang, presque rien : ma lèvre. Je pose la plante gauche à terre… Ça fait trop mal pour qu'elle me porte, une cheville foulée, des ligaments déchirés ? Au fond, je ne m'en tire pas trop mal pour un valdingue de 18 marches, ou un peu moins… Je m'étonne un peu de la position des contusions : je suis partie en avant, j'ai tendu les mains, après je ne saurais dire : j'ai surtout dégusté à gauche, mais tourné la tête, sans doute ?
Et puis autre chose commence à décanter : j'ai trébuché… sur quoi? Il n'y a rien dans l'escalier. Qu'est-ce que c'est que cette embrouille ? La panique me prend : Jérôme est dans la maison, il va finir le travail ! Je clopine jusqu'à la cuisine, m'arme d'un couteau à steak, m'enferme dans la salle de bains… et me calme assez vite, car il aurait pu aisément m'achever pendant mon stage dans le cirage.
Trop énervée pour me rendormir : tant qu'à faire, je m'en fais couler un, tant pis pour le téléphone ! Et c'est dans l'eau chaude que le puzzle se compose… Quoi de plus facile que de rentrer en douce, de m'appeler de son portable, et, dès que je me précipite, de tendre une corde, une ficelle quelconque sur les balustres moulurées de la rampe ? Je n'ai rien vu, rien entendu, mais petit à petit je me persuade que c'est bien sur une corde que j'ai trébuché…
Voilà. Je ne sais rien. En dire plus, ce serait du remplissage. Il est certain que ça n'a plus sonné, et le plus étrange, c'est qu'au 31 31, j'obtiens : "Sur votre ligne, aucun appel"… Or, si j'avais rêvé, celui d'hier au moins devrait être archivé. A moins que je ne rêve tout le temps, et en ce moment même… Soit le 31 31 ne fonctionne pas chez nous, soit, soit… Quelle plaie de ne rien connaître sur rien !
Comme tentative d'assassinat, c'est complètement idiot : combien de chances ou de malchances de se casser la tête en plongeant dans un escalier ? Une sur cent ? Mais ce serait assez le genre de Jérôme de tenter le coup, "comme ça", juste pour s'amuser. Qui d'autre téléphonerait à minuit ? Les commerçants dorment, les faux numéros, je n'en ai pas cinq par an. Or, s'il m'a appelée cette nuit et ne m'a pas trouvée, il aurait dû rappliquer ce matin, pour me passer au minimum une engueulade… ou se cacher dans les environs pour me voir rentrer, ou mon amant sortir. Onze heures presque, et personne. C'est louche, très louche.
Et c'est dimanche ! Je tape comme une conne, le pied dans ma bassine d'eau froide, bien décidée à appeler mon toubib lundi, mais n'osant pas le déranger un dimanche pour une entorse qui n'évolue pas mal, et se sera peut-être dégonflée d'elle-même demain… Vaudrait mieux, d'ailleurs ! Car, comme par hasard il n'y a plus rien à manger ! Juste des pâtes, et deux pots de confiture ! Ah ah ah ! Je trouverais triste, mais en même temps trop drôle, de mourir de faim…
Par malampia - Publié dans : sequestree-de-poitiers
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